mercredi 29 juin 2011

Made & Ran

Deux plateformes artistiques dédiées à la création numérique et au spectacle vivant, mutualisent des moyens de production pour une visibilité internationale.
© Outreach d'Alex Haw et Mauritius Seeger















Il y a tout juste un an, quelques acteurs majeurs des scènes électroniques* européennes rendaient public au Théâtre de La villette à Paris leur mission d'activer un réseau international de coproduction et de diffusion convoquant l'utilisation des nouvelles technologies dans la création sonore, l'installation ou le spectacle vivant. Ils se sont retrouvés au CDA d'Enghien le week-end dernier, pour dévoiler les heureux élus de deux appels à participations - celui du projet européen Made (Mobility for Digital Arts in Europe) et celui du réseau Ran (réseau Arts Numériques) international.
*à l'initiative des producteurs de festivals tels que Les Bains Numérique d'Enghien, l'Ososphère à Strasbourg, Transcultures en Belgique et une dizaine d'autres pionniers, le réseau s'est très vite étendu à l'international incluant d'autres structures telles que les écoles d'arts, les laboratoires de recherche ou autres pôles de compétences : télécharger sur le site la liste des partenaires

"Le RAN compte aujourd'hui une cinquante de structures qui pour les projets artistiques choisis mettent en jeu un minimum d'engagement de trois coproducteurs, m'explique Dominique Roland directeur de CDA, à l'initiative du projet il y a quatre ans. L'intérêt consiste non seulement à mutualiser des moyens mais à partager une expertise quant à la prise de décision et faire tourner ces projets à l'international dans des théâtres, des musées ou d'autres lieux de diffusion dit-il ". Le MADE qui partage des objectifs similaires est un projet purement européen issu du programme "Culture" lancé par La commission, avec pour cahier des charges la prise en compte de la mobilité des propositions artistiques et la création d'un livre blanc proposant des méthodologies de production.

Écoutez l'interview de Dominique Roland réalisé au catering, délibération du jury oblige !


©orevo_Dominique Roland


Joseph Hyde : Made in Grande Bretagne

Lancé en juin 2010 le projet Made s'articule autour de quatre structures : Body Data Space à Londres, Transcultures à Mons, BoDig à Istanbul et le CDA d'Enghien où sera présentée en avant première l'installation du lauréat britannique Joseph Hyde, Me and my shadow, en juin prochain lors de la biennale Bains numériques... Toujours est-il que le projet en question met justement en scène une série "d'ombre-portraits" en 3D par le biais d'un dispositif de téléprésence reliant ces 4 structures : Une chance !

©Joseph Hyde_Me and my shadow

L'appel à projet visait particulièrement l'immersion sous forme de réalité virtuelle, de téléprésence, ou la notion de corps augmenté ; façades media dans l'espace urbain, média sociaux et nouvelles formes d'interactions avec le public étaient également bien venues ! Or si l'on comprend bien combien de tels projets peuvent en effet favoriser les relations entre l'artistes, le laboratoire de recherche, le centre d'art et l'industrie, il est à craindre cependant qu'un tel cahier des charges basé sur des attentes technologiques ne confine la création numérique dans le bassin, certes élargi, dans lequel elle barbotte déjà. La sélection s'est faite sur la base d'une centaine de projets étudiés lors d'une série de workshops réunis dans les différentes capitales européennes partenaires. Le jury épaulé par une dizaine d'observateurs et experts extérieurs, a également attiré notre attention sur :

- Triadic Oculus de Lariza Blazic, Eleonora Oreggia et Kaffe Matthews (GB),

- Proof as if proof were needed de Blast Therory- Matt Adams (GB),

- Equilibrium Point d' Athina Vahla (GB)

- Herbal Ghetto de Cédric Sabato, un artiste belge.

Délibérations longues et speed dating

Quatre candidats ont été choisis par le jury* du Ran sur un panel de 90 projets, à l'issue d’une présentation publique de dix d'entre eux. Pas facile de trancher dans la pénombre de la petite salle noire surpeuplée du CDA, face à la diversité des propositions. Aussi je vous invite à consulter les sites des différents projets sélectionnés.

Un projet trop prolixe

©Frédéric Deslias la Compagnie Clair Obscur et le premier module d'@

N'ayant pu assister à toutes les présentations, dois-je néanmoins, et ce, en toute subjectivité, vous avouez un faible pour @, la performance modulaire en 4 actes de la compagnie Le Clair Obscur (primée dans la catégorie "Danse et nouvelles technologie" lors des Bains numériques 2010, bénéficière d'une résidence à La chartreuse (Villeneuve-Lez-Avignon) et à La ménagerie de verre, où l'un des modules fut présenté lors du festival Etrange Cargo, en Mars): un corps cobaye, un laboratoire de SF, les enjeux sont clairs... Le web est le personnage principal. Retracer son histoire, du télégramme jusqu'au 3G. Utiliser les banques de données, data centers et images d'archives pour faire un film monté qui vise à construire une dimension critique face à notre environnement. Chercher comment You tube peut influencer notre comportement. Proposer une réflexion sur les habitudes prises avec la mondialisation autour de la propagation des informations. Travailler sur la normalisation des imaginaires. Utiliser le dispositif WJS qui à partir d'une même adresse internet réagit en cascade et ouvre différentes fenêtres sur la toile. Détourner google map, etc.

Le désir qui anime Frédéric Deslias et sa complice est manifeste : "contaminer tous les lieux possibles ; et si nous sommes invités pour un spectacle de danse, pouvoir contaminer le hall ou les autres espaces." Proposer pour le théâtre, une lecture augmentée du livre "Salopes" (Dennis Cooper) publié chez POL : une plongée dans les bas fonds du net, un questionnement du réseau et de la limite de ses représentations pervers et violentes ... Et puis, à l'issue de cette plongée en enfer, se demander quelle serait l'utopie du net ? Qu'elle foi, quel "process" : le transhumanisme ? S'interroger sur le fonctionnement de son propre cerveau et démarrer un workshop avec des neurologues sur les "EEG" (électroencéphalogrammes). Le programme sans doute un peu trop dense avait de quoi déstabiliser un jury dont l'un des objectifs consiste à sélectionner un projet qui puisse être produit dans l'année. La recherche de nouvelles formes d'écriture au regard d'une analyse critique me semble pourtant intéressante. Aussi Space 140 (de Franck Ancel, Julie Rousse, Christian de Lecluse et le collectif MU) qui empruntait ce type d'approche avec un travail sur le son et la restitution d'une parole en Tunisie, s'est vu débouté en public : considéré sans doute comme trop "media" et pas assez "arty".

©capture vidéo du projet Space 140

Les 3 lauréats du RAN : Tropique Outreach et C2M1

Leurs projets seront coproduits par au moins trois structures du Réseau international.Le jury a choisi d'attribuer une “citation” au projet S.U.N. de la cie Corée'graphie, Young Ho Nam en tant qu’exemple de collaboration art/science et avec les autres membres du RAN.

© Etienne Rey _Tropique

Tropique du français Etienne Rey, est une installation immersive basée sur une interaction "sono lumineuse" activée et modulée par la présence humaine.

© Outreach d'Alex Haw et Mauritius Seeger

Outreach : Crystallizing movements, des anglais Alex Haw (Atmos) et Mauritius Seeger (dr.mo) est une installation architecturale ambitieuse qui place l'homme au centre d'un dispositif lui permettant de cristalliser ses mouvements et d'en amplifier la portée,


©Magali Desbazeille C2M1

C2M1 (c'est demain/it's tomorrow) de Sigfried Canto et Magali Desbazeille, souligne du morse au SMS sous la forme d'inventaire ludique, les façons dont les techniques se sont emparées du langage.


©orevo- capture vidéo de la présentation vidéo de SUN

S.u.n Seon. Zen de la Compagnie Corée'graphie, met en scène le lien entre la danse, les arts martiaux et la respiration : inspirée par la philosophie zen, il s'inscrit dans une démarche Art science qui donne à entendre une "mélodie musculaire" utilisée dans une composition sonore créée en temps réel.

Et si je ne m'étends pas d'avantage, sur les lauréats, c'est que nous aurons l'occasion d'en reparler. A l'issue des présentations et pendant les délibérations du jury, des rencontres de dix minutes sur le principe de "speed dating" (project dating) permettaient aux artistes participants, scientifiques et opérateurs culturels d'échanger entre professionnels, autour des projets.

par Orevo/Véronique Godé pour Futur en Seine

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